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Avant de rentrer plus en détail sur les aspects plus politiques de la situation, pouvez-vous encore nous parler des procédés utilisés par les majors pour s'assurer le contrôle des artistes ?


 

Je peux vous parler des méthodes de recrutement, c'est assez instructif...

En fait, on peut en distinguer trois :

 

1. La première façon consiste à profiter d’une lacune du système économique actuel. Notre société, en effet, fonctionne sur le modèle du salariat. Cela se traduit par le fait que pour les artistes, il est extrêmement difficile de souscrire des prêts et d’obtenir l’argent qui leur permettrait d’exercer leur activité de façon indépendante. A partir de là, c’est très simple pour une major d’aller voir un artiste pour lui proposer un prêt avec un taux de remboursement élevé, en sachant parfaitement que cela le rendra complètement dépendant d’elle. C’est ce qui explique que la plupart des artistes qui ont signé avec des majors aient purement et simplement perdus leurs droits d’auteurs. C’est ce qui est arrivé, notamment, avec Johnny Halliday lorsqu'il a signé chez Universal.

2. Une autre façon de faire consiste à trouver un groupe underground, qui met le feu sur scène chez les jeunes, et de le racheter pour le balancer sur le grand public. C’est ce qui s’est passé par exemple avec des groupes comme les Red Hot Chili Peppers ou Metallica. Vous voyez, des groupes comme ça sont accros à la musique : ils ne vivent que pour ça. Les contrats, le juridique, ils n’y connaissent rien du tout. Alors, c’est facile d’en tirer parti pour leur faire signer ce qu’on veut…

3. Depuis quelque temps, il existe encore une autre façon de signer des contrats, qui est de tirer parti des émissions de télé réalité genre Star Academy. Dans ce cas, l’arnaque consiste porte sur le statut de l’artiste. Quand on organise un show de ce type, on fait une sélection à partir des démos qu’envoient les jeunes talents et ont les fait passer à la télé. Mais même si certains d’entre eux sont des artistes complets, on ne leur donne que le statut d’interprète. L’auteur fournit les textes par notre biais et eux viennent remplir un espace prédéfini. C’est un système de préfabriqué : on joue uniquement sur un effet de mode. C’est pour ça qu’on leur fait signer des contrats éphémères, 3-4 ans maximum. C’est jeté aussitôt consommé. Un vrai produit de fast-food.



Et bien...

 



Attendez, ça n'est pas tout. Il y a autre chose qui devrait vous amuser pas mal : les biographies.
Dans le milieu de la musique, réécrire les bios des artistes est une pratique extrêmement fréquente, qu'on utilise pour booster la vente des albums.

Prenez, par exemple, quelqu’un comme Jennifer Lopez. Vous verrez dans sa bio officielle qu'elle est née dans le Bronx, qu'elle a grandi dans les bas-fonds de la cité, bref une authentique bombe latino.
Or, en réalité, c'est juste une gentille fille de la campagne américaine issue de la classe moyenne.

Je peux aussi vous citer le cas de la chanteuse d''Evanescence, Amy Lee. A l'époque où le groupe débutait, elle n'avait pas de petit ami, et sa bio manquait un peu de couleur. Alors, Sony Epic, Windup Records et son producteur Dave Fortman se sont arrangés pour qu'elle se retrouve avec Shaun Morgan, un clone de Kurt Cobain qui chantait pour le groupe Seether... Bref, de quoi faire rêver les fans !

Encore un autre exemple : celui de Jean-Luc Lahaye. Vous avez probablement du entendre parler de son procès pour viol. Et bien ça aussi, ça a été monté de toutes pièces par les studios...

 


Vous êtes sérieux ? Mais il risque une condamnation !

 

 

 

Parce que vous pensez qu'une condamnation, ça ne fait pas bien dans une bio ? Avec cette histoire, il va avoir droit à une publicité gratuite pendant des mois dans tous les médias. Universal pourra ainsi relancer sa carrière à moindre frais !

 



Vous avez d'autres exemples de ce type en tête ?

 

 


Oui, il y a tout ce qui se passe au Etats-Unis avec le hip-hop. Si vous prenez la fameuse guerre Est/Ouest qui a opposé les rappeurs américains pendant les années 90, vous verrez qu'elle a surtout enrichi les producteurs...

Il n'y a qu'à voir l'attitude plus d'équivoque d'un type comme Puff Daddy, qui a produit aussi bien 2-PAC que BHD, et qui a donc exploité cette rivalité montée de toutes pièces pour faire un maximum de profit. Là encore, tout ça n'a été monté que dans le but de faire de la publicité gratuite pour les majors, qui se sont engraissées sur le dos des musiciens.

Ce qui est grave, c'est que ça incite tout le jeune public américain qui écoute du rap à croire que tout se règle à coup de revolver. Les « beefs » désignent les guerres entre deux rappeurs : mais à force de valoriser ça et de remplir les bios des rappeurs d'historie de réglements de compte, on est en train de pourrir totalement l'esprit de ces gamins.

C'est devenu, en interne, un objet de plaisanterie : dans sa bio, le rappeur The Game est censé avoir été blessé par 10 balles de revolver. Le rappeur 50 Cents, de son côté, est censé en avoir pris 15... En coulisses, on s'en moque en parlant de « l’homme aux 15 trous de balles ». J'attends impatiemment la bio du prochain, ça va être une vraie passoire à mon avis...

Et le pire, c'est que non content d'avoir foutu un bordel pas possible dans les banlieues des Etats-Unis, il a fallu que l'industrie du disque exporte ça en France. Et c'est comme ça que du jour au lendemain, on a vu apparaître une soi-disant rivalité entre le 92 et le 93, avec toute cette imagerie sur la banlieue... C'est franchement du n'importe quoi.

Ce n’est pas parce que le Hip Hop est un art de la rue que c’est un art de la guerre. Les rappeurs le disent eux-mêmes : je suis un MC, par un gangster !


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