S'inscrire à la newsletter :
 
 


PEERPARTAGE : Bonjour à vous. Tout d'abord, nous tenons à vous remercier de bien avoir voulu témoigner pour Peerpartage sur les pratiques internes des majors. Peut-être pouvez-vous commencer par nous dire pourquoi vous avez fait le choix de témoigner sous X ?

 

J'ai fait ce choix parce que suis actuellement employé par Universal Music France et que j'ai peur des répercussions que mes révélations pourraient avoir pour moi et mes proches. Cela dit, je suis à la recherche d'un autre emploi et dès que j'aurais quitte Universal, je compte bien m'exprimer à découvert.

 

Pour commencer, que vous pensez de la politique actuelle d'Universal et des autres majors qui se sont lancées dans des vagues de procès contre les Internautes qui téléchargent de la musique ?

 

 

Je pense que c'est une erreur monumentale. Sans même parler de tout le débat sui est né autour de ça, c'est un choix catastrophique en termes de markteing. Ca nous fait une terrible publicité négative auprès du public des jeunes, qui utilise énormément Internet.

 


Comment vous expliquez qu'une major comme Universal Music ait pu en arriver là ?

 

 



Nous payons le prix de nos erreurs, c'est tout. Nous avons voulu tout contrôler, et maintenant, nous ne contrôlons plus rien.

 

 



Comment ça, tout contrôler ?

 

 


Tout. A l'heure actuelle, quand un artiste signe avec une major, il rentre dans un système où il ne va plus lui rester la moindre liberté de manoeuvre. Dans la façon dont sont faits les contrats, dont l'artiste est managé, dont les oeuvres sont produites et enfin distribuées, c'est un fait qu'on le déposséde complètement de son autonomie.

 



Par quels types de procédés ce contrôle s'instaure. Pouvez-vous nous donner un exemple ?

 

 


Et bien pour vous donner un exemple, je peux vous parler du contrat-tiroir.
Pour passer un contrat-tiroir, vous prenez un jeune artiste à qui vous faites miroiter des rêves de gloire. Ensuite, une fois que vous lui avez fait signer un contrat, vous lui faites enregistrer ces morceaux en studio.

Toutefois, au lieu d’aboutir à un lancement commercial, la musique qu’il aura produite passera directement dans la bibliothèque de la maison de disque...
Lié par son contrat qui dure souvent un minimum de 8 ans, l’artiste n'a plus le choix et il doit dès lors produire sur commande et sans la moindre chance de voir son nom reconnu. De façon tout à fait légale, vous en avez fait un larbin à votre service...

 

Mais quel est l'intérêt d'un tel procédé ? Le but d'une maison de disque n'est-il pas de faire de l'argent en faisant connaître ses artistes ? A quoi sert un artiste qui reste tout le temps dans l'ombre ?

 

 


En fait, les contrats-tiroirs présentent de nombreux avantages pour les maisons de disque :

Par exemple, lorsque qu’une vedette est en panne de voix ou d’inspiration, le fait d'avoir des contrats-tiroir permet de pallier facilement au problème en faisant appel à un "artiste-tiroir" qui a un style semblable.

Ensuite, lorsque le son produit par un groupe ou un musicien ne convient pas à ce que les producteurs jugent comme étant commercial, il peuvent utiliser celui produit par un artiste ayant passé un contrat-tiroir. C’est comme ça que dans le morceau « Smell like Teen Spirit », Nirvana a repris un son des Pixies, qui avait alors signé un contrat-tiroir avec le label Greffen Records.

Vous voyez, la maison de disque s'engage à produire de la musique, pas à assurer le succès de l'artiste. A partir de là, il suffit de faire passer à l'artiste un contrat qui repose essentiellement sur les royalties, et s'arranger pour qu'il n'ait jamais aucun succès public. Vous avez dès lors l'équivalent d'un contrat de travail particulièrement avantageux pour la maison de disque.

 


A quel point ce procédé est répandu dans le monde des maisons de disque ?

 

 


Disons que ça représente quelque chose de tellement pratique qu'à l'heure actuelle, toutes les majors disposent à présent d’un stock de musiciens et de chanteurs qui sont forcés à produire sur commande une musique formatée, sans possibilité de voir leur œuvre reconnue...

 


Mais à votre avis, qu'est-ce qu'il faudrait faire pour mettre fin à ces pratiques ?

 

 


Ce qu’il faut savoir, c’est qu’à l’heure actuelle, même si les droits des artistes sont théoriquement assurés par la loi, la réalité est toute autre en pratique.

Il faut voir comment ça se passe lors de la signature des contrats...

D'un côté, vous avez la majors avec ses contrats maison bourrés de petites lignes et de mentions illisibles. Ensuite, vous avez le manager de l'artiste qui est censé le défendre mais qui travaille le plus souvent en collaboration avec le producteur. Et enfin, vous avez un pauvre mec naïf à qui on a promis la lune et qui n'y connaît absolument rien...

Il n’existe aucun organisme pour défendre réellement les artistes en tant que profession. Le producteur, le manager, tout les intermédiaires servent la maison de disque, et en pratique, cette dernière à tout pouvoir. Il n'y a que très peu de producteurs et de directeurs artistiques qui sont assez honnêtes pour ne pas en abuser...

De toute façon, les sociétés qui managent tous les grands groupes de la planète sont essentiellement des sociétés qui appartiennent à des majors comme Universal ou Sony. Comme the Firm, qui est censée défendre les droits des artistes, mais qui défend en réalité les intérêts des majors…

C’est un système très bien fait, qui assure une impunité presque totale au gens qui le contrôlent. Et même si toutes sortes de pressions et de manipulations sont intervenues pour aboutir au fait qu’un musicien soit totalement exploité, ce qui compte aux yeux de la loi, c’est le contrat et rien d’autre...

Je pense qu’il faut des organisme de défense, des syndicats, et surtout une plus grande conscience des artistes. Le système fait tout pour les infantiliser. Qu’ils apprennent à se défendre !


suite