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1/ Télécharger de la musique sur Internet et par les réseaux peer2peer est un acte de piratage illégal.
Les majors assimilent le fait de donner accès à la musique stockée sur son ordinateur à du piratage. Or, une telle accusation s'appuie sur un abus de langage.
Dans le domaine informatique, en effet, le terme de piratage désigne le procédé qui consiste à forcer la sécurité d’un système, d’un logiciel ou d’un fichier pour en tirer un profit personnel. Cependant, les personnes qui utilisent le peer2peer pour échanger des fichiers audio ne le font pas contre de l’argent. Il ne s’agit pas d’un commerce, contrairement au vrai piratage qui consiste à copier un cd, un dvd ou un logiciel pour le revendre.
Parler de piratage dans le cas du peer-to-peer revient donc à faire l’amalgame entre l’Internaute moyen et le pirate professionnel, alors qu’ils n’ont strictement rien à voir l’un avec l’autre.
Le peer2peer s’est développé naturellement avec Internet parce que les utilisateurs trouvaient normal d’échanger avec d’autres personnes les musiques ou les films qui leur plaisaient. Il s’agit d’un besoin humain tout à fait naturel et spontané. A partir de là, ce que les majors appellent du piratage, c’est ce que la plupart des gens appellent tout simplement du partage, ou plus précisément encore, du peerpartage.
Il s'agit donc d'être cohérent. Il n’y a rien de différent, en effet, entre le fait de partager un ficher musical, de partager un CD ou un DVD ou de partager un livre. Dans tous les cas, on peut appliquer le même argument, qui consiste à dire que cela décourage l’achat du produit.
On voit, toutefois, à quel genre d’absurdité mène une telle politique, puisque sa conclusion logique consiste à mettre en prison toute personne ayant chez elle un produit qu’elle n’a pas acheté et dont elle est incapable de fournir l’acte de propriété, ce qui représente la quasi-totalité de la population…
2/ Cela revient à voler les artistes et à les empêcher de vivre de leur œuvre.
Il paraît remarquablement hypocrite que les grandes maisons de disque s’érigent en défenseurs des artistes et du bon droit quand on sait les méthodes qu’elle emploient.
A l’heure actuelle, plus de 95 % des bénéfices de la musique vont aux producteurs et aux distributeurs, les artistes ne touchant que des restes. Par ailleurs, il n’est pas rare que les grosses majors profitent de la naïveté et de l’ignorance des musiciens pour passer avec eux des contrats totalement à leur désavantage (voir, à ce propos, notre dossier sur les pratiques des majors).
Ce qui intéresse véritablement les industriels de la musique lorsqu’ils condamnent le partage de fichiers sur Internet, ce n’est pas de protéger les artistes, mais de protéger leur profits, et c’est pour cette raison qu’ils développent toute cette argumentation culpabilisante.
D’ailleurs, bien que les majors martèlent sans cesse l’argument selon lequel le peer-to-peer est en train de les ruiner, les études sur le sujet sont contradictoires, et la plupart d’entre elles montrent que le peer-to-peer n’a qu’un impact économique finalement faible.
C’est, d’ailleurs, tout à fait logique. L’argument des majors, en effet, est que les gens qui auraient normalement acheté un CD préfèrent à présent le télécharger sur Internet. Or, cela revient à tout ramener à une histoire d’intérêt, et à négliger totalement trois facteurs :
- Le premier est que parmi les Internautes qui téléchargent de la musique, beaucoup n’ont de toute les façons pas les moyens d’acheter des CD, et que par conséquent, le fait qu’ils utilisent le peer-to-peer n’influe en rien sur les bénéfices de l’industrie, la seule chose que l’on peut leur reprocher étant de profiter de ce qui, jusque là, était réservé à des individus plus aisés. De ce point de vue, le seul effet du peerpartage aura été de populariser la musique auprès de millions de personnes qui sans cela, n'auraient pas pu en profiter.
- Le second est que l’achat d’un CD est aussi et surtout motivé par la passion pour la musique. Le CD audio, avant d’être un simple support commercial de vente, est d’abord un objet culturel. Lorsqu’on aime un artiste ou un groupe, on achète ses CD parce qu’on apprécie l’effort qui a été fait pour le produire. Le fait de pouvoir le télécharger gratuitement ne représente donc pas l’unique facteur entrant en ligne de compte, ce qui explique d'ailleurs que beaucoup de gens utilisent à la fois les réseaux peer-to-peer et continuent pourtant à acheter des CD...
- Le troisième est que le peerpartage est un fantastique moyen d’élargir ses horizons en découvrant toutes sortes de musiques et de groupes, et qu’il a donc eu un effet positif sur l’industrie de la musique en jouant le rôle d’outil de promotion.
En conclusion, on se rend compte que ce qui a provoqué le déclin de l’industrie musicale n’est pas le peerpartage, mais une crise beaucoup plus profonde, qui existait bien avant Internet. Les majors, en effet, sont a quelques exceptions prés contrôlées par des hommes d’affaire et des groupes d'actionnaires pour qui la musique est uniquement un moyen de gagner de l'argent *. Menant une politique du profit à tout prix, ils ont fini par détruire toute créativité dans ce domaine en faisant de la musique un produit de fast-food.
De ce point de vue, si les majors voulaient vraiment voir la situation s’améliorer, elle feraient enfin l’effort de produire des CDs de meilleure qualité, plus riches en contenu et moins chers. Elles cesseraient d’appliquer toujours les mêmes recettes qui méprisent totalement l’intelligence et les goûts de son public pour enfin introduire une réelle variété dans sa production. Elles feraient l’effort de mettre fin au système du vedettariat pour aider réellement les jeunes artistes plutôt que de les exploiter comme c'est le cas aujourd'hui.
On comprend toutefois que devant l’ampleur de la tâche, il soit plus pratique d’utiliser Internet comme bouc émissaire !
* Paradoxalement, cette remarque ne s'applique pas à Pascal Nègre, PDG d'Universal Music France, qui a été DJ sur des radios libres et qui connaît donc bien ce milieu. Toutefois, il est triste de voir que sa formation ne l'a pas empêché de prendre la tête d'une croisade qui est profondément étrangère à l'esprit de libre partage qui est à la base de la création musicale...
3/ Il faut punir sévèrement les coupables.
A l’heure actuelle, la justice tend à donner raison aux majors. Toutefois, devant l’ampleur du phénomène, il semble évident que si l’industrie musicale continue à poursuivre toute personne téléchargeant de la musique sur Internet, il va falloir mettre une bonne partie de la population en prison.
Pascal Nègre a déclaré que concernant les réseaux Peer2peer, les poursuites en justice concerneront uniquement les personnes qui proposent de la musique (serveurs), et pas ceux qui en téléchargent (client). Mais c’est oublier que dans le peer2peer, tout client et aussi un serveur et vice-versa ! En clair, c’est bien la majorité des internautes qui sont visés par cette campagne.
Or, pendant que Sony Music et Universal Music intentent des procès et forcent des mères de famille, des étudiants et des smicards à payer des milliers d’euros d’amende, Sony multimédia encourage implicitement le téléchargement en vendant des graveurs CD et DVD et des balladeurs mp3 pouvant contenir jusqu’à 10.000 titres. Par ailleurs, l’ADSL est maintenant disponible à très bas prix, et il est évident que si on propose aux internautes des vitesse allant jusqu’à 5 Mb/s, ce n’est certainement pas pour télécharger uniquement des fichiers textes et des images...
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